In dia we trust

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Après deux jours passés dans des transits, à tester le sommeil fractionné, tutoyer le carrelage des aéroports, respirer uniquement de l’air climatisé, on finit par aterrir ce matin au terminal 1 de l’aéroport Indira Gandhi. Moquette kitch et trompes l’oeil chics, le passage des douanes vers la bouffée d’air tant attendu se solde d’une moiteur lourde, un décor industriel et une bonne centaine de turbans. En voyageurs (vite fait) avertis on se dirige vers la borne de taxi prépayée. Une fois dehors, une armée de mecs bien chauds pour cette heure avancée, nous tombent dessus. « pre-paid taxi ! pre paid taxi ! » Le bordel prédit se réalise, le miracle de la prophétie te pousse à la crédulité ou en tout cas à appliquer les théories du laisser-faire sur ta vie perso, comme un dernier hommage a la porosité de l’empire colonial. Dans le tacos qui doit nous conduire a l’hôtel cinq étoile payé a coup de miles, on s’extasie de ce tiers monde retrouvé. Les yeux vaseux mais rêveurs.

Le chauffeur du taxi, petit homme trapu, ligne de khol sous les yeux fait son job. Where you from, not too tired, « you’ll see india is incredible ». On m’avait prévenu que rien ne se passait comme tu l’avais envisagé ici. Pas de pipeau ; après dix minutes de taxi le type me demande de lui redonner l’adresse. On se laisse bercer, pénards, « shanti shanti ». Deux enfants malingres tapent au carreau pour faire la manche, les corbacs bouffent les dechets. L’image d’épinal se met en place.

« Today there is a lot of people, end of ramadhan, plus shiva festival ». Je réponds crânement que nous aussi on a nos muslim en hexagone. Le mec s’arrête, gare la voiture et nous dit que le quartier est bloqué pour les prières, qu’il va demander au poste de police attenant comment faire pour rejoindre l’hôtel. On l’attend là, dans le mini van japonais noir et jaune, à se demander si le mec a fait ramadhan et pourquoi alors se trimballer avec une image d’éléphant sur son tableau de bord. Il revient, on refait un ou deux tours, les rues sont bloquées par des barrières. Étrange. Finalement le type nous amène dans une office du tourisme prétextant qu’il ne trouve pas l’issue mais que là on pourra avoir des infos. Deux marches au rez de chaussé d’un immeuble pourri et on se retrouve dans ce petit bureau nos gueules bien enfarinées. Encore ces putains de climatiseurs.

Un type bedonnant, à la mine sympa nous accueille dans son petit bureau. Franchement si tu dois mettre une gueule sur le mot « bonhommie » je placarde ce mec dans toutes les encyclopédies. On nous propose un thé en nous expliquant que cette semaine à Delhi c’est l’effervescence et que le centre est bloqué pour les festivités religieuses.

Le type, Ranjit, nous explique qu’on se trouve dans une agence gouvernementale qui est juste là pour nous aider à trouver une solution. Tout le décorum est en place le diplôme, les photocopies de passeports, les cartes du pays etc. Il propose d’appeler notre hôtel pour qu’il nous donne une solution. Je parle au mec, donne le numéro de réservation. Il m’explique que la rue est barrée et qu’il est impossible d’accéder a l’hôtel. Entre temps le bedon, taille le bout de gras. Et tente de nous glisser des propositions pour se casser de Delhi. Le type de l’hôtel nous appelle et nous explique que pour ce soir c’est mort, impossibilité urbaine. C’est là que la grande comédie se met en place. Je m’énerve un peu, le type reste ferme. Finalement impossible. « The night will be refunded on your account ». Ouai ouai, mais en attendant je dors où là ? Le gars de l’office du tourisme le rappel, lui fait la morale en anglais et en hindi. La fatigue, les néons, l’air climatisé et le thé dégueulasse flirtent avec mes nerfs. On décide de passer des coups de fils encore a d’autres guest-house histoire de trouver une solution. Tant pis pour la piscine sur le toit et la douche chaude. Tout est complet. On envisage toutes les solutions, dormir dans la gare, filer en banlieue … Finalement le mec revient sur ses solutions a lui. Des jeeps pour partir vers le nord, à des prix exorbitants. Vu qu’on a pas un pion en poche on l’envoi tranquillement ballader le Ranjit.

Ça fait bien deux heures qu’on est dans ce bureau, peut être plus, peut être moins, j’ai perdu le fil. Le taximan est encore la à rouiller avec ses srabs dans le canapé de la salle d’attente. Cette histoire d’hôtel annulé nous a mis sur le cul. On est franchement décontenancé et si tu ajoutes à ça la fatigue intense et l’esprit mollet, tu peux assez bien t’imaginer notre état. Je décide de me barrer et de demander à notre taxi de nous déposer à la gare. L’idée n’est pas d’aller prendre le train mais de rejoindre l’international tourist bureau, seul truc à l’air fiable indiqué sur la map du Lonely Planet. Un nouveau gars est arrivé. On ne comprend pas bien ce qu’il vient foutre là. Mais vu qu’on ne comprend pas bien grand chose à l’heure qu’il est, on laisse couler; shanti shanti.

On remonte dans la camionnette, le type a l’air de plus en plus bougon. Il nous amène devant la « reservation office », un trou dans un mur, pour les tickets de train. Un type vient nous glisser à la fenêtre, qu’aujourd’hui c’est chaud, aucun train ne part vers le nord. Bon soit dépose nous ailleurs alors, qu’on puisse respirer un peu et reprendre nos idées. Les mecs ne lâchent rien, ils nous déposent devant la « DiTiTiCi », Delhi Tourism Transport Corporation. Un autre bureau obscur. Et encore devant ils continuent à nous cuisiner. J’en ai franchement marre, je me casse à cent mètres et je m’assois. Le deuxième type vient me parler. C’est là que je remarque sa balafre qui descend de sa lèvre. De vieux souvenirs d’autochtones louches et amochés me reviennent. Le trapu nous rejoins, me caresse les cheveux en disant « relax, relax my friend ». Amorphe plutôt que relax, ouai. Sans qu’on sache trop pourquoi, les mecs lâchent l’affaire et finissent par se tirer. Pas plus de deux minutes s’écoulent avant qu’un mec en chemise blanche, la belle trentaine, vienne nous aborder. C’est le manager de la DTTC. Le type vient nous voir en nous annonçant que ces deux types la sont des « crooks », des petites frappes quoi. On lui explique le schmilblik, il s’excuse pour eux, un sourire en coin face à nos mines dépitées. « They lied to you, everything they said is false ». Quoi ? Pourtant on l’a eu le lobby boy, avec le numéro de réservation, on les a vu les rues bloquées, on les a appelées les guest house blindées. Sans commentaires, le type prend son téléphone, appelle la réception de l’hôtel. Une minute à peine, il raccroche et nous dit que notre chambre nous attend. Ascenseur émotionnel. Fin de la comédie on va prendre un métro et 20 minutes plus tard on pourra squatter un plumard. Le spin off sauce Bollywood du bon la brute et le truand prend fin. On rigole nerveusement à cette arnaque de haute volée. On s’extasie de la narration mise en place par la bande de petits filous. On se maudit d’avoir vu deux films dans l’avion plutôt que de lire ce foutu guide. Après une dizaine de stations de métro, une autre dizaine de minute de marche, on arrive à côté de l’hôtel. Les routes sont bloquées, des milliers d’indiens en djellabas et calottes blanche nous entourent. Les mensonges se font flous. Entrée de l’hôtel, ouverture de la parenthèse, fin et début du voyage. Incredible India !


 

Récit de voyage par Martin Morales.

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