Carte postale de Séoul

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Séoul, capitale du pays du matin calme. Un surnom qui colle peu à la réalité offerte par la mégalopole coréenne. En pleine ébullition, la ville qui ne dort jamais offre de multiples facettes encore méconnues du grand public. Intense, hyper-connectée et branchée, la  Corée du Sud n’est pourtant pas la destination phare des voyageurs. Les peu d’étrangers qu’on y croise sont des expatriés ou des voyageurs en transit. Et pourtant la donne semble changer car Séoul s’impose petit à petit comme la mégalopole asiatique tendance. Preuve en est, la capitale Sud-Coréene a été élue comme l’une des villes les plus attractives dans le monde en 2017 par le Lonely Planet. Du bimbimbap aux montagnes de pins, en passant par la chirurgie esthétique, voici notre carte postale de Séoul.

 

UNE CROISSANCE EXPRESS

Dans les années 50, la Corée du Sud venait à peine de bouter l’envahisseur japonais hors de son territoire. Le pays du soleil levant avait puisé toutes les forces de la Corée, la laissant à la rue, sans économie fixe. A cette étape de l’histoire, la Corée du Sud fut l’un des pays les plus pauvres du monde. Les Coréens constituaient une main d’œuvre à bon prix. Le peuple a alors commencé à exporter son savoir faire en matière de construction, notamment dans le maritime. C’est ainsi que Hyundai, la première entreprise post moderne de Corée était spécialisée dans la construction de cargos avant de l’être dans la fabrication de voitures familiales.

 

Le savoir-faire et la rapidité des travailleurs coréens furent un carton auprès des pays d’Occident. Des compagnies mastodontes naissent peu de temps après, formant les quatre Chaebols, ou conglomérats, composés de Samsung, Hyundai, LG et le groupe SK.

 

L’économie Coréenne connait alors la croissance la plus rapide de l’histoire, passant de dernier de la classe à  treizième puissance mondiale en seulement 30 ans.

 

Aujourd’hui, si vous mettez un pied à Séoul, il est impossible ou presque de deviner que cette ville a connu la misère et la famine il y a à peine 20 ans. De longues artères à huit voies arborent la capitale, troisième mondiale en terme de population, bordées par des skyscrapers à vous faire tourner de l’œil. Au premier abord, on pourrait penser qu’ici, l’immensité est reine. Mais il suffit de se promener sur l’un de ces boulevards, puis de tourner la tête sur une des rues adjacentes pour changer littéralement de ville. Néons, lampions, restaurants de rues, agitation et calme à la fois, comme si Séoul avait rangé son bazar sous le lit.

 

La juxtaposition de l’ancien et du moderne, le traditionnel qui flirte avec le contemporain donne à Séoul son caractère si unique.

 

Cette fois-ci, nous y sommes. Les appartements se marchent les uns sur les autres, les restaurants se succèdent verticalement, les vendeurs de streetfood se disputent les emplacements au coins des petits magasins. On remarque tout de suite que ce pays a grandi, vite, trop vite.

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L’architecture à Séoul, quel joyeux bordel ! Le Corbusier se serait retourné dans sa tombe après avoir vu cette maison en forme de T, ce magasin de chaussures dont l’entrée se fait par au-dessus, cet escalier violet grimpant sur le toit d’un appartement relié par la passerelle du restaurant de nouilles voisin surplombant lui-meme un autel bouddhiste. C’est comme si Dieu avait vomi une ville sur la péninsule, et qu’est-ce que c’est cool !

 

Si l’oppression peut vite vous gagner en languissant dans les ruelles de Séoul, il vous suffit de marcher dix minutes, et vous apercevrez soudainement un trou au milieu des buildings. Un temple, là au milieu de rien, au milieu de tout. A peine la porte de ce monument franchi et le silence se fait roi, on s’y repose, car le minimalisme est de pair ici. A l’exception des quatre murailles protégeant le temple du hustle-bustle, c’est le vide intégral. En son centre grandit le palais royal, tout de bois rouge et vert vêtu. Entrez-y et observez les séoulites occupés à leurs rituels.

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Ce n’est pas une religion qui rythme la vie des coréens, mais une doctrine de pensée, appelée “confucianisme”. Cette doctrine né du philosophe Confucius prône la tempérance des émotions, la maîtrise de soi et le respect des aînés. Vous ne verrez ainsi rarement voire jamais un coréen perdre la face, s’énerver ou pleurer devant vous.

 

LA CULTURE SEOULITE 

Se tenir par la main en déambulant dans le quartier branché de Gangnam, boire un Bubble Tea sur les bords de la rivière Han, ou encore trinquer à la santé du colonel autour d’une pinte de bière-soju dans le quartier de Hongdae, tel est le quotidien de tout bon habitant de Séoul branché qui se respecte. La ville est en effervescence de jour comme de nuit.

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Le phénomène K-Pop

On peut aisément deviner que les japonais ont laissé leur trace dans la culture du pays. Entre les petits gâteaux “yummy-yummy”, les boutiques Hello Kitty, les selfies avec les doigts en forme de “V”, les coréens baignent dans cette même culture pop que leur voisins. La K-Pop est le style de musique prépondérant en Corée du Sud, et au-delà du style de musique, c’est tout un écosystème qui orbite autour de ce concept. Mannequinat, produits cosmétiques, chirurgie esthétique, style vestimentaire, les critères de beauté sont bien définis, écris noir sur blanc, comme les dix commandements. L’objectif est clair: “On veut ressembler aux occidentaux”. Les publicités “carte de visite” des multiples chirurgiens de la ville fleurissent entre deux pub H&M. Ainsi, il n’est pas rare de voir des jeunes coréennes avec les yeux débridés et le menton marqué par une récente chirurgie.

 

Le culte de l’excellence 

Si la beauté est un atout majeur pour réussir dans la vie, l’autre partie du succès réside dans le système éducatif, scolaire et compétitif de la Corée-du-Sud.

En France, la compétition va commencer peut-être quelques années après le Bac pour entrer dans une école, ou sur le marché du travail. En Corée, c’est dès le collège. Il faut être le meilleur, classé dans les premiers, sans quoi aucun lycée, aucune université ou aucune entreprise correcte ne t’ouvre ses portes. L’enfance des jeunes coréens est sacrifiée au profit d’un culte de l’excellence extrêmement pesant.

Pour travailler chez le Tout Puissant Samsung, rêve de beaucoup de coréens, la sélection est rude. Les étudiants sont cadrés, bornés, connaissent peu de loisirs ou de passion autre que le travail. C’est donc tout naturellement que les vacances scolaires sont consacrées à des heures de soutient scolaire.

Arrivé à l’âge adulte le coréen ne change pas de mode de vie pour autant. Il se dévoue corps et âme à son travail. Il ne compte pas ses heures et porte un respect impérieux à son supérieur. Conséquence du confucianisme ? Quoi qu’il en soit ce respect des aînés se traduit par une forte soumission hiérarchique qui empêche les juniors de prendre des initiatives au sein de l’entreprise, occasionnant un véritable frein à l’innovation. La jeunesse coréenne est bien loin des idéaux de la génération Y qui grille les étapes et n’hésite pas à changer de compagnie dès que l’opportunité se présente. Le jeune coréen lui reste dans les rangs et attend patiemment de grimper les échelons dans l’entreprise à laquelle il reste fidèle.

 

LE SÉOUL WAY OF LIFE 

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SÉOUL SE SAOULE !

La fin de journée en Corée est l’occasion de décompresser et se divertir pour l’employé surmené. Je pensais que les anglais étaient les rois en matière d’afterwork arrosés mais nos amis coréens battent définitivement tous les records d’alcoolisme.

 

Si Séoul est la ville possédant le plus de bars au monde, c’est bien pour combler sa soif d’ivresse dont le corps n’est que la limite physique.

 

Non contents d’avoir des bières trop légères, on y verse un shot de soju (sorte de vodka locale très bon marché) afin de faire grimper le degré d’alcool de son breuvage. C’est ainsi qu’est né l’emblématique “Megju”: une bière au soju souvent accompagnée d’une portion de fried chicken, le repas national. C’est pourquoi il n’est pas rare, aux alentours de minuit, de croiser des coréens déshinibés se tenant par le cou, chemise ouverte et cravate sur la tête, chantant des hymnes incompréhensibles et mal accordés dans les ruelles encore agitées.

 

SÉOUL FAIT SALIVER !

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Si un afterwork en compagnie d’un coréen ne vous enchante guère, déguster un des nombreux plats figurants à la carte de la gastronomie coréenne vous séduira à coup sûr. Variée, fine et délicieusement préparée, la cuisine de Corée semble convenir au palais occidental comme à celui du nippon. Un barbecue coréen accompagné de multiples dishes, une brochette de poulet grillé au coin de la rue, un kimbap en guise de petit déj, un bol de bouillon de nouilles frappé… vous ne saurez plus où donner des baguettes !

Le meilleur moyen de découvrir la gastronomie coréenne est de se rendre dans l’un des nombreux Street Food Markets de la ville qui offrent un bon panorama des spécialités locales. On y trouve également toutes sortes de bizarreries locales comme des mini toasts egg bread, des barbes à papas en forme de fleurs, d’animaux ou encore des brochettes torsadées de pomme de terre avec lesquelles vous manquerez de vous empaler un oeil.

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Coup de foudre culinaire pour le Bibimbap: du riz mélangé avec des légumes, de la viande de boeuf et un oeuf au plat assorti d’une dose de piment. Ce plat national est aussi simple que bon. Il fait des ravages sur les comptes Instagram et Pinterest des foodies qui l’apprécient autant pour son côté healthy que pour son esthétisme.

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A l’inverse l’emblématique “Kimchi”, l’accompagnement favori des coréens est loin de faire des émules chez les occidentaux. Ce mélange de choux fermenté très épicé fait toujours forte impression chez celui qui le goûte pour la première fois.

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Dégustation du spicy Kimchi

Le piquant du piment mélangé au goût prononcé de l’ail vient subtilement titiller votre palais et retourner votre estomac. Servi à tous les repas dans une petite coupelle rouge, c’est un accompagnement indispensable pour les coréens pour qui un repas sans Kimchi n’est pas un vrai repas. Cette spécialité locale est une caractéristique identitaire tellement importante de la Corée qu’il est inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco. Finalement le Kimchi est au Coréen ce que le fromage est au français: un produit national, aux arômes prononcés qui peut aussi bien agresser les papilles que les délecter.

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La capitale est également un haut lieu de la création gastronomique. Chaque année s’y tient le Seoul Food Festival, une occasion pour les chefs coréens de mettre à l’honneur une cuisine asiatique aux notes européanisées. De la street food à la haute gastronomie, la capitale coréenne est insatiable. Véritable lieu de pèlerinage pour les foodies, Séoul est en passe de devenir une destination gastronomique de choix. Preuve en est, le guide Michelin vient de sortir une édition consacrée à la ville. La bible des gourmets souhaite promouvoir auprès de ses voyageurs “l’éclectisme de l’offre culinaire de Séoul, qui compte un panel très large de styles de cuisine allant de la cuisine coréenne traditionnelle et populaire à des restaurants gastronomiques et plus internationaux”.

 

SÉOUL S’AMBIANCE ! 

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Le poulet grillé n’est pas la seule relique que les coréens ont rapporté des Amériques, puisque ici à Séoul, le sport national, c’est le baseball. Assister à un match dans un stade coréen donne l’occasion de voir les séoulites sous un autre jour, autrement dit littéralement déchaînés. A l’entrée, vous pouvez vous procurer l’emblématique “chicken bucket” avec une bière, mais aussi deux ballons gonflables longilignes aux couleurs de l’équipe supportée, dont la tradition veut que vous les claquiez entre eux à chaque home-run. Lorsque ce Graal se produit, le stade entier se soulève et matraque ses ballons, les pompom girls au sourire d’ivoire dansent, les confettis et les couleurs explosent et la ville tremble sous la passion des fanboys coréens.

 

CONNECTED PEOPLE

Si Séoul se démarque par son architecture déstructurée et ses rues alambiquées, la technologie est omniprésente dans les mœurs coréennes. Si vous prenez un peu de hauteur, ce qui n’est pas difficile au regard de la taille moyenne du pays, vous remarquerez que toutes les petites têtes brunes sont baissées, les yeux absorbés par l’écran de leur smartphone. De sept à soixante-dix-sept ans, les coréens sont ultra-connectés. Téléphone dernier cri, publicités ciblées sur les façades des buildings, du wi-fi dans chaque wagon de métro, si un coréen ne peut pas accéder à ses newsfeeds Facebook ou Instagram à n’importe quel moment de la journée, il ne se sent pas bien, comme si le train partait sans lui.

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Une simple ballade dans le métro de Séoul suffit pour comprendre que le futur est passé prendre l’apéritif en Corée avant de venir diner chez nous, en Europe.

 

Des écrans d’information à chaque intersection, calculant itinéraires et tarifs, des musiques amusantes pour annoncer la venue de son métro, des façades de rames connectées permettant de scanner des aliments et de faire ses courses à l’avance, et j’en passe !

La culture vidéo-ludique possède également une place de choix dans le cœur des jeunes coréens.

 

Devenu un réel e-sport pratiqué par plus de 70% de la jeune population, les jeux en réseau remplissent souvent un stade entier pour voir des jeunes prodiges de la souris-clavier s’affronter, avec le plus souvent une somme d’argent gargantuesque à gagner.

 

Il m’est arrivé de tomber par hasard sur une de ces nombreuses salles où les joueurs s’entraînent à League of Legends ou autres Starcraft. Sombres au possible, elles dégagent l’odeur si particulière de la puberté. Ces cyber-cafés, salles d’arcade ou magasins de jeux, la ville en est jonchée.

 

La geek-attitude fait partie des mœurs d’une génération qui ne trouve le divertissement que dans l’exploitation de la technologie, parfois, voire souvent au détriment d’une vie sociale épanouie.

 

UNE VILLE AU MILIEU DE LA NATURE

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Si Séoul possède de nombreux temples dans lesquels on peut trouver un peu de calme au milieu de l’agitation de la ville, il est difficile de trouver un petit coin de nature. La construction s’étant faite rapidement, les architectes de la cité ont certainement dû oublier d’y intégrer des espaces verts.

Toutes les grandes mégalopoles asiatiques possèdent en leur sein un jardin botanique pour fuir le chahut de la ville. Singapour a son superbe jardin d’orchidées, Hong-Kong a installé des flamands roses au cœur de son jardin tropical mais Séoul, elle n’a pas la main verte.

Et pourtant comme le souligne le Lonely Planet dans son Top 10 des villes les plus tendances, “au cours de la dernière décennie, Séoul s’est efforcée de devenir une métropole plus verte, plus attractive et plus conviviale” .

La capitale coréenne a commencé par réaménager avec succès la rivière artificielle de Cheonggyecheon en une charmante promenade bordée de végétation. Aujourd’hui elle s’apprête à inaugurer le Séoul Skygarden: un pont long de 938m et haut de 17m qui formera un immense jardin suspendu au-dessus d’une gare.

 

En attendant, si la ville offre peu d’espaces verts en son sein, la nature n’est pourtant pas bien loin. Séoul a été construite au flanc des montagnes et il est possible de prendre un shot d’air pur à moins de 40 minutes de métro du centre de la ville. 

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Les passionnés de randonnée ou de grimpette se donnent rendez-vous au Bukhansan National Park qui s’étend sur près de 80 kilomètres carrés. L’un des chemins de randonnée mène au sommet de la montagne du haut de laquelle on peut apercevoir la grandiose Séoul qui parait si petite perdue dans ce vaste panorama d’arbres et de buissons. Ce trek est aussi beau que reposant avec ses quelques lieux de prières installés à travers les chemins de randonnée. Faire l’ascension du Bukhansan laisse quelques courbatures dans les jambes mais surtout de beaux souvenirs dans la tête.

Vous l’aurez compris, Séoul on l’a vadrouillé, on l’a aimé, on l’a vécu,  on s’y est perdu, on s’y est régalé, on y a bien rigolé et pas mal picolé ! Ca file tous azimuts sur Séoul la reine de la technologie, des cosmétiques, de la chirurgie, de la gastronomie et des nuits endiablées.

Bon baisers de la capitale Sud-Coréene. xxx

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